Épisode 2 – Discipliner les enfants

Dans l’épisode du jour, mon invité John Trenton, enseignant de langue française dans un lycée public aux Etats-Unis, démontre par son expérience l’importance de discipliner les enfants à un jeune âge et démonte certaines idées reçues.

Lexique

Bully : brute, harceleur. Ce terme anglais désigne couramment les élèves qui intimident ou harcèlent leurs pairs.

Transcription

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Noureddy
Bonjour John.

John Trenton
Bonjour, ça va ?

Noureddy
Ça va très bien et toi ?

John Trenton
Ça va, merci.

Noureddy
Tout d’abord, je tiens à te remercier pour ta participation dans le podcast.

John Trenton
Avec grand plaisir.

Noureddy
Merci beaucoup. Je te laisse te présenter à nos auditeurs.

John Trenton
D’accord. Je m’appelle John Trenton. Je suis américain. Je suis professeur dans un établissement public, dans un lycée public aux États-Unis. Je suis professeur de français bien sûr, et j’ai deux enfants, David qui a 9 ans, et Clara qui a 4 ans.

Noureddy
Très bien, très bien. Et tu es marié à ?

John Trenton
Ma femme, elle est polonaise, en fait, d’origine. Et on est marié depuis 2017. Donc ça fait maintenant combien d’années ?

Noureddy
7 ans.

John Trenton
7 ans ! Non, oui, oui, franchement, ça passe vite.

Noureddy
Les petits ont grandi depuis…

John Trenton
Oui, exactement. Avec les petits, tout passe vite. Les journées, les mois, les années, c’est impressionnant.

Noureddy
Je suppose, je suppose.

Très bien. John, je vais expliquer aux auditeurs maintenant que nous avons déjà eu des conversations auparavant. Et il y en a une qui m’a particulièrement affecté, qui m’a particulièrement interpellé, c’est quand on a parlé de l’éducation des enfants et notamment leur discipline, comment discipliner les enfants.

Donc je voudrais aborder avec toi aujourd’hui ce sujet-là. Et pour commencer, je voudrais te poser la question, c’est quand le bon moment pour toi pour commencer à inculquer la discipline aux enfants ?

John Trenton
Quand on parle de la discipline, on doit préciser, pour moi, c’est à tout moment.

Noureddy
À tout moment ?

John Trenton
Oui, oui. C’est-à-dire, la discipline, ce n’est pas une chose qui se fait… On ne doit pas… Parce qu’on a une image de la discipline comme quelque chose de… Comment dire ? De strict. De strict, exactement. D’être sévère et tout. Mais c’est pas ça, c’est pour donner les limites aux enfants. Pour qu’ils comprennent bien sûr ce qui est bien et ce qui est mal en ce qui concerne le comportement.

Et aussi les relations interpersonnelles. Donc c’est super important de commencer, je dirais, dès qu’ils comprennent des choses. C’est-à-dire à partir peut-être d’un an et demi ou peut-être quelques mois, à partir d’un an je dirais, parce qu’ils commencent à réagir à tout. Donc bien sûr, expliquer les limites, ça prend du temps, parce qu’à l’âge de deux ans, on dit toujours que les deux ans sont terribles.

Mais franchement, si un enfant sait la manière dont il doit se comporter, à deux ans, ils ne vont pas faire des caprices, ils vont les faire, mais de moins en moins, entre deux et trois ans. Mais bien sûr, tous les enfants sont différents. Donc je ne peux pas vraiment dire qu’ils ne vont pas faire des crises, jamais (rires). Mais s’ils connaissent la limite, si les enfants connaissent la limite, ils comprennent bien sûr pourquoi ils sont disciplinés, pourquoi ils doivent respecter ces limites.

Noureddy
Très bien.

Donc d’après toi, à partir de 1 an, c’est là où il faut commencer à enseigner à l’enfant, à lui faire comprendre qu’il y a des choses qui lui sont bien, d’autres qui lui sont mal. Et donc la discipline à cet âge-là, d’après toi, c’est ce qui permet d’atténuer les crises futures, on va dire. Parce que quand même, à l’enfant, ça reste un enfant, il aura des caprices, mais le discipliner est assez tôt. permettra justement d’avoir affaire à des caprices moins pénibles à gérer plus tard quand il grandira, si j’ai bien compris.

John Trenton
Oui tout à fait c’est ça. Et oui c’est une question que, comme tu l’avais dit, une question de limites. C’est une question de structure, et c’est ça qui est le plus important.

Noureddy
Qu’est-ce qui t’a fait comprendre que la discipline était aussi importante ?

John Trenton
Alors, c’est à ce moment qu’il faut introduire aux auditeurs que, au fait, moi je suis aussi divorcé. Donc mon fils, je partage la garde avec sa mère. Et donc pour moi, c’était avec lui que je me suis rendu compte du fait que la discipline est super importante pour lui donner de la structure. Et sinon, avec le partage de garde, c’est vraiment difficile pour reprendre les habitudes d’une maison à l’autre, etc.

Et bien sûr, avec sa mère, on a essayé de se comprendre [pour] ce qu’on allait faire, de partager les mêmes routines, comme à quelle heure il faut coucher le petit, etc. Mais à un moment donné, ça s’est arrêté parce que il y a toujours des moments entre les divorcés où ça se passe mal. Donc moi et ma femme, au moment où elle faisait partie de la vie de mon fils, on s’est décidé qu’il faut qu’il ait une bonne routine. Et la discipline doit être structurée.

Parce que sinon, il va faire n’importe quoi. Il va avoir des maux. Il va souffrir à l’école. Parce que s’il [ne] sait [pas] comment agir ou comment reconnaître les limites, il va avoir des problèmes de comportement à l’école, en public, même en échangeant avec sa mère.

Et donc, oui, c’était à ce moment-là. Je pense qu’il avait un an à ce moment. Donc, bien sûr, c’était à ce moment que j’ai décidé que la discipline était vraiment importante.

C’était une histoire longue, mais il y a toujours des choses comme ça pour expliquer d’où on vient.

Noureddy
D’accord.

Donc, pour résumer ce que tu as dit, c’est le fait que ton fils soit né dans un environnement qui est… beaucoup amené à changer à cause de la partage de garde entre toi et ton ex-épouse. Donc tu avais décidé qu’il est très important de lui poser un cadre pour qu’il ne se sente pas perdu, pour qu’il ne sente pas qu’il ait quelque chose… qu’il ait une base sur lequel évoluer et que cette base là soit constante et qu’elle ne change pas à chaque fois que David donc change de parent, c’est bien ça ?

John Trenton
C’est bien ça, oui, tout à fait.

Noureddy
D’accord, très bien.

Et donc là, c’est d’après toi, l’effet bénéfique de la discipline. Maintenant, vu que tu as cherché à inculquer cette discipline, qu’est-ce que tu craignais en plus de cette base qui était assez fragile, en fait, vu que tu étais séparé avec ton ex-épouse ? Donc, il y a, en quelque sorte, une base fragile sur laquelle David évolue. Qu’est-ce que tu as craint, en fait, avec cette situation-là ? Qu’est-ce que tu as craint pour ton fils ?

John Trenton
J’ai craint qu’il n’y ait pas une bonne structure dans laquelle il se sentait, comment dire, toujours dans les bouleversements. Donc, il vit dans un monde qui est mal structuré, qui n’a pas vraiment… [où] il faut réagir spontanément, sans réfléchir.

Et au fait, à mon avis la discipline permet aux enfants d’apprendre aussi comment réfléchir. Et la réflexion sur ce qu’on fait et ce qu’on doit penser avant de parler par exemple. Et la discipline met toujours les enfants sont dans un mode « fight or flight » (lutte ou fuite), comme on dit en anglais, et pour cette raison, ils ont du mal à agir, à se confronter avec les autres.

Donc, c’est-à-dire, il va devenir un « bully » (harceleur à l’école) ou peut-être il va être harcelé à l’école parce qu’il ne sait pas vraiment interagir avec les autres. Et pour moi c’est ce que la discipline fait vraiment : un comportement.

C’est pas comme un enfant qui doit pas parler c’est pas ça. C’est que en fait l’enfant doit s’exprimer d’une bonne manière s’exprimer bien, oui. Et la discipline permet aussi de comprendre pour l’enfant pourquoi il est important, par exemple, de ranger sa chambre, pourquoi il faut que la maison soit propre, pourquoi il doit être propre (rires). Et même des petites choses comme ça.

Dans certaines familles, c’est comme quelque chose de donné. Mais quand on partage la garde avec quelqu’un, c’est pas toujours donné parce que peut-être il y a quelque chose qui se passe mal à l’autre maison. Donc cette discipline, indiscipline, fait manquer les enfants de certaines choses.

Et voilà. Je pense que c’est beaucoup de choses en même temps. J’essayais d’avoir un bon fil, mais il y a trop de choses avec la discipline. Pour moi, en gros, c’est plutôt que l’indiscipline rend les enfants moins sûrs. Ils [auront] des mauvaises manières qui empêchent le bon comportement interpersonnel, même pour s’entretenir, pour qu’il soit en forme, pour qu’il comprenne pourquoi il faut bien manger, etc. Il y a un fil de choses qui se passent avec l’indiscipline.

Noureddy
D’accord, très bien.

Je ne voyais pas la discipline comme étant une manière d’insuffler la confiance dans l’esprit de l’enfant. C’est la première fois que j’entends ça, c’est très très intéressant.

John Trenton
Oui, parce que, à mon avis, comme je disais tout à l’heure, quand on parle de la discipline, on prend souvent… être sévère, c’est pas ça. La discipline, pour moi, c’est expliquer pourquoi on fait quelque chose d’incorrect, pourquoi c’est pas bien de faire quelque chose. Et c’est pas crier après les enfants, c’est pas être fâché, c’est pas ça.

Et au fait, c’est l’opposé. On doit rester confiant de ce qu’on dit à l’enfant. Bien sûr, je me fâche parfois, mais… J’essaie de me calmer, de rester dans un équilibre pour que je puisse faire comprendre mon enfant. Ce n’est pas une discipline pour… je ne sais pas. Ce n’est pas pour lui faire mal, c’est ça.

Noureddy
D’accord, intéressant.

Tu as parlé de l’enfant qui commet des erreurs. Comment tu réagis face à une erreur de David ou de Clara ?

John Trenton
Ça dépend de l’erreur bien sûr, mais c’est un moment pour apprendre.

Comme l’autre jour, on était à la station d’essence et mon fils voulait m’aider à remplir le réservoir. Il a tiré le truc trop tôt et donc… Il y avait de l’essence qui allait un peu partout, mais juste un petit peu. Et je lui ai dit, tu sais, tu ne peux pas enlever le truc trop tôt. Si tu fais ça, tu vas avoir, tu vas faire la galère là. Et il a commencé à pleurer, je lui ai expliqué, en fait, c’est ça qu’on apprend.

Je me souviens d’un moment où j’ai fait la même chose avec mon père. Il m’avait expliqué au moment donné que c’est ça qui fait apprendre. Si je me fâche, de temps en temps, ce n’est pas parce que je fais quelque chose de mal, c’est juste quelque chose qui est frustrant. Et j’essaie de m’équilibrer mais parfois je déséquilibre et donc et lui aussi parce qu’il est à un âge où il commence à avoir vraiment des idées fortes, des idées personnelles, des opinions et s’il fait des erreurs, peut-être [qu’]il croit qu’il n’a pas tort.

Donc j’essaie de lui faire comprendre le fait que même si on fait une erreur, c’est pas quelque chose qui est tout à fait mal, mauvaise. Donc, qu’est-ce que je voulais dire ? C’est plutôt, il faut comprendre pourquoi c’est une erreur et pas prendre l’erreur telle quelle, et être fâché contre l’enfant. Et s’ils comprennent pourquoi c’est une erreur, ils ne vont pas le refaire. Est-ce que ça fait sens après tout ? (rires)

Noureddy
Oui, je suppose. Effectivement, faire comprendre à l’enfant quand il commet des erreurs, et puis l’accompagner pour lui faire comprendre quel est le comportement à avoir dans telle situation pour ne pas reproduire l’erreur.

John Trenton
Oui, oui, oui. Et même cet exemple avec l’essence, on a nettoyé un peu ensemble, en parlant, en discutant pourquoi il est important même de nettoyer après quelque chose comme ça, prendre la responsabilité de ce qu’on a fait.

Noureddy
Il faut assumer ses responsabilités.

John Trenton
Oui, exactement. Assumer la responsabilité, c’est ça.

Noureddy
D’accord, très bien.

La discipline des enfants, c’est un travail à deux. Et je me posais la question de ton rôle en tant que père pour discipliner tes enfants.

John Trenton
Je dirais que c’est vraiment partagé entre ma femme et moi. Donc, mon rôle c’est le même que ma femme et donc on essaie d’avoir… de discipliner les enfants ensemble, pas individuellement, et de soutenir ce qu’on dit à nos enfants. C’est-à-dire qu’on ne doit pas vraiment [se] reprocher la manière dont on discipline un des enfants.

Par exemple, si ma femme dit à Clara : « tu ne dois pas faire telle et telle chose parce que ce n’est pas bien. » Et si je suis avec eux, je vais dire : « oui, Clara. Il faut écouter ta mère. » Et je répète la même chose qu’elle dit. Et donc, c’est comme ça qu’on partage cette discipline.

Et d’ailleurs, si on n’est pas ensemble, il faut avoir un moment pour expliquer ce qui s’est passé avec l’enfant, pour qu’on se comprenne. Comme ça, on a la même piste pour discipliner l’enfant ou pour la suite, ce qui se passe après. C’est tout à fait important.

Le suivi de la discipline est aussi important que la discipline elle-même. Parce que si on ne suit pas la discipline de la même manière, comme par exemple si un des enfants fait la même erreur de plusieurs reprises, c’est Peut-être la faute à nous de ne pas avoir continué de dire « non, il ne faut pas faire ça », ou pourquoi il faut… Peut-être on n’avait pas bien expliqué pourquoi il ne fallait pas faire ça.

Donc, voilà. D’accord. Le suivi, c’est important aussi. La discipline et ce qui se passe après, c’est toujours en continu, la discipline. C’est jamais une fois faite. Il faut le faire tous les jours, à tout moment. Et c’est pas, comme je dis tout le temps, c’est pas la discipline qu’on imagine. C’est une discipline, c’est la structure, c’est la discipline, c’est les limites, etc.

Noureddy
Poser des limites, poser une structure et pas forcément dans un cadre strict, plus dans un cadre peut-être, d’après toi, dans un cadre plus bienveillant, plus pédagogique, j’ai envie de dire.

John Trenton
Oui, et si on sort du cadre, il faut expliquer pourquoi on fait ça. Oui.

Noureddy
D’accord.

John Trenton
Parce qu’on n’a pas parlé de ça, parce que bien sûr, on ne peut pas toujours imposer les limites dans toutes les situations parce qu’on n’est pas toujours chez nous. Et donc il faut être flexible, il faut avoir cette souplesse, cette capacité d’adapter. Et c’est une autre forme de discipline aussi. L’adaptation c’est super important.

Noureddy
Une compétence clé pour le parent de s’adapter aux situations. D’accord.

John Trenton
Tout à fait.

Noureddy
Il y a quelque chose d’intéressant que j’ai noté dans ce que tu viens de dire. Moi, dans mon esprit, c’est plus le rôle du père que de discipliner, mais toi tu dis que c’est quelque chose que tu partages avec ta femme.

Dans mon esprit, j’ai l’image de la mère qui est source de réconfort, et l’image du père qui est lui source de… qui transmet le savoir, qui pour le coup est la personne qui inculque la discipline à ses enfants. Qu’est-ce que tu peux me dire par rapport à ça ? Est-ce que c’est une vision erronée ?

John Trenton
Je dirais que ça marche pour certaines familles, bien sûr. Pour nous, c’est plutôt le partage des rôles, parce qu’on partage tout chez nous. On n’a pas vraiment une tâche ménagère, par exemple, qu’on fait tout seul.

Et pour la discipline, c’est parce que franchement, on ne veut pas que l’un des enfants ait une image d’un parent comme étant celui qui fait la discipline et l’autre qui est pour le reconfort comme tu as dit. Parce que nous deux [devont] donner du confort aux enfants à un certain moment et on doit discipliner les enfants également.

Et pourquoi je dis ça parce que j’ai passé presque un an sans ma femme à la maison.

Noureddy
Laquelle de la femme ? Donc, ton ex-femme ou ta femme actuelle ?

John Trenton
Non, non. Ma femme actuelle.

Noureddy
D’accord.

John Trenton
C’était entre le divorce et le mariage et donc il y avait un décalage là. Et donc, moi, je devais, à ce moment, j’ai dû être père, j’ai dû être mère d’une certaine manière. Et donc, j’ai bien compris qu’avoir un front ou d’être parent en équipe, c’est super fort.

Et donc, on s’est parlé, quand on s’est installés, on s’est mis ensemble et on a déménagé dans la maison et on s’est décidé qu’on allait être parents ensemble. On ne peut pas être un parent qui fait ça ou un parent qui fait quelque chose d’autre. Il faut être uni de ce que l’on fait. Et si on est comme ça, on a le respect des enfants. Et d’ailleurs, le respect c’est super important. C’est quelque chose qui tombe avec la discipline, qui suit la discipline en fait. Et voilà.

Pour moi, être parent en équipe, c’est absolument la meilleure façon d’être parent. Parce que sinon, on risque d’avoir des reproches des enfants envers un parent ou un autre. Et je sais que d’habitude, on dit que le père doit être stoïque, vraiment. Il doit être une pierre et fort, etc.

Mais les enfants doivent avoir ce reconfort chez un père. Parce que, à mon avis, souvent c’est le père qui joue physiquement avec les enfants. Bien sûr, il y a des mères qui le font aussi. Mais cette idée d’avoir du reconfort chez un père ET chez sa mère, c’est très puissant. Parce que les enfants, ils savent que si je suis triste, si ça ne va pas, je peux aller voir soit ma mère, soit mon père. J’ai le soutien de mes parents total. Le soutien total de mes parents.

Noureddy
D’accord. Donc, de ce que je comprends, tu penses que l’enseignement de la discipline, c’est un travail à deux, avec ta femme qui enseigne d’une manière, toi qui enseigne d’une manière, et aussi, parallèlement, l’enfant doit trouver en vous le réconfort, le réconfort qui est spécifique à la mère et le réconfort qui est spécifique au père.

John Trenton
Tout à fait.

Noureddy
D’accord. Ok, très intéressant.

Pour le coup, en parlant de discipline, bien sûr, quelles sont les routines que tu as mises en place avec tes enfants pour les éduquer, pour les discipliner, pour en faire des personnes qui ont confiance en elles ?

John Trenton
Oui, d’accord.

Bon, pour résumer, c’est le fait [d’]avoir une heure pour se coucher, c’est quelque chose, je ne sais pas, un peu banal. Mais de dire qu’on va être au lit à une certaine heure, c’est super important. Parce qu’on sait combien d’heures de sommeil qu’on aura. Ça aussi permet de… Mettre en place des routines de soir et de partage des moments ensemble. Pour les jeunes, bien sûr, c’est important, ils vont se doucher ou se baigner et puis après ils vont mettre un pyjama. Mais après ça, lire ensemble, bien sûr. Et il faut avoir, bien sûr, un créneau pour lire, pour passer du temps ensemble avant de s’endormir.

Donc, par exemple, avec mon fils, on a eu beaucoup, beaucoup de problèmes avec son sommeil. Parce qu’entre les deux maisons, il faut avouer qu’en fait, il dormait parfois avec sa mère dans le même lit. Donc, tu peux imaginer alors, venir chez moi, chez nous, et avoir son lit, loin de nous, son parent dans le lit avec lui. Il s’est réveillé, il s’est fait des petites crises. Et donc, à un moment donné, j’ai dû confronter sa mère en disant, pourquoi il a autant de mal à s’endormir ?

On s’est décidé que, au fait, Même si on a une routine pour aller au lit, oui parce que telle est la routine mais [ils] dormaient ensemble, ça c’était un problème. Il faut avoir cette routine de se séparer de l’enfant, de quitter l’enfant après quelques minutes et moi j’ai même eu le même problème, parce que j’aimais lire avec lui et on lisait trop. Et donc il ne voulait pas arrêter et parfois c’était un autre problème. Donc, même avec sa mère et avec ma femme, on s’est dit, bien, on va bien sûr rester auprès de lui, on va lire ensemble, mais c’est limité à comme 15 minutes de lecture, suivi d’un petit moment après, disons 10 minutes, pour qu’il se repose un peu, se calme, pour qu’il puisse se calmer et s’endormir. Et ça marche maintenant. Donc, c’est une routine.

Certains, ils savent qu’à 20h30, ils doivent aller au lit. On doit lire pendant 15 minutes. Je vais rester avec lui pendant… un petit quart d’heure et puis après je le laisse en disant que je suis là, ne t’inquiète pas, je suis toujours là et maintenant il dort super bien.

Et pour ma fille, on a imposé cette structure dès… bon, depuis sa naissance presque. Et je ne peux pas vraiment dire pendant qu’elle était… bébé, quand elle avait un emploi de temps pour son sommeil. Mais maintenant, c’est intéressant parce qu’elle, elle sait qu’elle va se baigner, ensuite elle va mettre son pyjama, ensuite on va lire ensemble et après la lecture, je viens pour lui dire bonne nuit, ou ma femme, ça dépend qui lit à l’enfant et puis après, on fait ça deux fois et après, elle s’endort sans problème. Jamais.

Noureddy
D’accord. Parce que la discipline a été inculquée très tôt, quand elle était encore toute petite.

John Trenton
Exactement.

Noureddy
Et puis là, la routine étant installée, elle considère cela comme normal. Oui.

John Trenton
Et quand on introduit une nouvelle routine, il faut expliquer bien avant, bien avant parce que sinon, ça peut poser des problèmes. Sans la structure, les enfants ont du mal, même les adultes. Mais en ce qui concerne le comportement en général, c’est un résultat de cette routine, de cette discipline, disons.

Pour mon fils, il a… un comportement très joyeux généralement. Donc, il est super gentil et à l’aise avec tout le monde. Ma petite, par contre, elle est plus timide. Et donc, c’est ce qui est intéressant parce qu’on lui a donné cette structure. Et donc à l’école, elle est une très bonne élève, avec ses copains, ses petits copains et tout, avec les professeurs, envers les maîtres et les maîtresses, les institutrices. Il y a des instituteurs aussi, mais oui. C’est intéressant parce que… Moi je crois que c’est un résultat de cette discipline imposée à un très jeune âge.

Mais je ne peux pas dire que ça marche tout le temps, parce qu’ils sont des enfants. Donc qu’est-ce qu’on fait quand ils se dégagent de la routine, et quittent la routine ? Bon, on essaie de rassembler les enfants. En disant qu’il faut revenir à ce qu’on faisait avant, en expliquant que, je sais, vous savez les enfants, que quand on fait des choses de manière normale, vous allez mieux. Et ils comprennent ça maintenant, surtout la petite, comme elle parle maintenant, elle peut tenir une conversation, et donc on peut leur expliquer que pourquoi on fait des choses. Et ils comprennent. Et voilà je sais pas je pense que ça a répondu à la question.

Noureddy
Franchement, c’est pas mal, franchement, le contenu, rien que pour la routine du sommeil que tu viens de décrire. Tu en as d’autres des des routines que tu as appris à tes enfants ?

John Trenton
La routine pour les devoirs maison. Ça c’est toujours en train de se mettre en place avec mon fils. Mais il aime bien sûr, comme tous les enfants, il aime dire que « oh non, je n’ai pas de devoir ce soir » . Mais en fait, il en a.

Et donc à son école, ils ont un dossier dans lequel ils mettent les documents comme les devoirs, etc., qu’ils doivent faire le soir. Et donc, pour nous, ce qu’il fait dès la rentrée, dès qu’on rentre à la maison, il sort ce dossier, il le met sur la table, on regarde ce qu’il y a dedans, on parle de ce qu’il doit faire et il commence.

Je lui donne quelque chose à manger pour le goûter. Et puis, parce que moi je m’occupe des enfants après l’école, parce que mon école, la sortie de mon école est plus tôt que celle de ma femme. Parce qu’il faut avouer que ma femme, elle est professeure de français aussi.

Donc, oui. Et donc, comme ça, il a son… il a sa collation et puis il se met à faire ses devoirs… à la table, et puis je suis là pour l’aider, bien sûr. Et moi aussi je dois m’occuper de la petite aussi. Donc elle fait un peu… c’est un bon moment pour parler du screen time.

Noureddy
Le temps d’écran.

John Trenton
Oui, le temps d’écran, oui je sais, mais je vais juste… dire avec un peu d’anglais là.

Et parce que lui, il doit, avec cette routine, il sait qu’à la maison, on ouvre la porte, il va poser ses affaires, il va sortir son dossier, on va parler de ce qu’il doit faire. Et puis, on va prendre quelque chose à manger, il va travailler ensuite, et je corrige, par exemple, ses maths, ce qu’il a à faire. Et puis il sait que s’il fait ça directement après l’école il aura plus de temps pour faire ce qu’il veut après l’école.

Et ça c’est le problème parce qu’il veut faire ce qu’il veut faire à la porte. Il veut enlever ses chaussures, il veut aller, je sais pas, chercher quelque chose à manger, puis jouer avec ses Legos, etc. Mais ça marche pas comme ça.

Avec cette routine, il a fait ce qu’il faut faire avant. Et ça c’est important dans la vie. Il faut savoir qu’il faut faire ce qu’on doit faire avant tout, pour qu’on ait plus de temps de faire ce qu’on veut faire.

Noureddy
C’est très intéressant ce que tu dis, effectivement. Pardon, je t’ai coupé, tu voulais compléter ?

John Trenton
Non, non, ça va.

Noureddy
Oui, c’est, grosso-modo, ce que tu nous décris, c’est la guerre éternelle avec la gratification instantanée, on va dire.

Dans le sens, l’enfant rentre à la maison, il a fini une journée de travail, il n’a qu’une chose en tête : c’est prendre son goûter, et puis aller se divertir, donc Lego, télé, ou que sais-je encore. Et ce n’est pas si spécifique aux enfants, en plus, ça nous touche à tout âge, et effectivement, c’est avec une bonne discipline qu’on progresse en tant qu’être humain, qu’on évolue et qu’on s’améliore.

Et c’est, comment dire… D’après mes lectures à moi personnellement, dès que tu es habitué à ça au plus jeune âge, tu as des facilités par la suite.

John Trenton
Oui, exactement.

Noureddy
Donc tu avais parlé de routine de sommeil, de travail, tu avais parlé aussi de routine à table, c’est ça ?

John Trenton
Oui, à table, oui, on sait toujours qu’on va manger entre 6h et 7h. Et donc il faut qu’on soit prêt à manger, donc laver les mains, etc. Et on mange presque toujours à la maison, parce que c’est un moment de réfléchir ensemble, de discuter.

Noureddy
D’accord.

John Trenton
Oui, et c’est important. Parce que c’est le seul moment où on n’a pas vraiment des choses à faire, sauf être à la table. Oui ? Et passer ce moment pour nous et pour moi, c’est un des moments les plus importants de la journée. Et le partage d’un repas, comme dans toute culture, est un moment sacré presque. Et pour nous, ça se passe tous les jours, parce que c’est pour parler de l’école, de ce qui s’est passé, de partager, de s’exprimer, mais aussi pour apprendre pourquoi il ne faut pas mettre les pieds sur la table. (rires)

Noureddy
Oui, aussi.

John Trenton
Des petits trucs comme ça, des petits moments de discipline. Pourquoi il ne faut pas mettre toutes les pâtes dans la bouche en même temps ? Pourquoi il faut [pas] bouffer, oui ?

Mais c’est… C’est à ce moment qu’on parle des choses, ce qu’on va faire. On commence à construire des projets ensemble. Et on apprend aussi ce que veulent les enfants, ce qu’ils souhaitent. Toutes les petites choses, peut-être qu’on va rater si on fait ce qu’on veut indépendamment. Et si on ne mange pas ensemble ou on ne se force pas à passer un moment ensemble, on ne va jamais avoir cette… On peut toujours avoir un sentiment de relation, bien sûr, mais ce n’est pas si fort si on fait des projets ensemble, ou bien parler de de ses souhaits, de ses voeux, etc. C’est important.

Même juste pour parler de qu’est-ce qu’il y a pour manger demain à l’école. Tu sais, maintenant ça fait partie de la routine parce que les enfants mangent souvent à l’école. Et pour mon fils, c’est une décision : « est-ce que je vais apporter mon déjeuner ou est-ce que je vais l’acheter ? » Et donc, tu vois, c’est un moment. ensemble, où on partage un peu de tout. Voilà. Et c’est un moment unificateur.

Noureddy
Un moment, pardon ?

John Trenton
Unificateur.

Noureddy
Unificateur, qui unit, d’accord.

John Trenton
Oui, exactement.

Noureddy
C’est très intéressant ce que tu viens de dire, John, dans le sens où, effectivement, de nos jours, ce que j’ai vu, ce que j’ai constaté, ce que… Ce que je pense être la réalité, c’est que dans la plupart des familles, le père qui part travailler, généralement, en moins de deux, il essaie de se préparer et puis il part au travail. Certains ne prennent même pas la peine de se poser à table pour prendre un petit déjeuner et puis ils achètent leur café dans les kiosques. Ce qui fait qu’effectivement, il y a…

Là, ce que tu nous décris, c’est quelque chose de ce que j’ai vécu, de ce que je ressens qui existe, se perd, n’est pas fait. Et ce que tu racontes aussi m’a aussi rappelé un hadith, un récit du Prophète qui nous dit qu’il y a de la baraka dans le fait de s’installer à table et de manger tous ensemble. La baraka, c’est la bénédiction en français. Et à t’entendre parler, je me rends compte qu’effectivement, il y a cette bénédiction.

Je me rends compte que moi, personnellement, je ne mange pas avec mes frères actuellement. Je suis encore chez mes parents. Mais quand on mange ensemble, c’est magique. Franchement, c’est magique. Il y a quelque chose de plus que comparer à « tu manges tout seul de ton côté. »

John Trenton
Tout à fait. Comme j’ai dit, c’est presque sacré. Oui ? (rires)

Noureddy
C’est divin presque, il y a quelque chose de divin dans le fait de manger ensemble, ça resserre les liens, ça met de la joie, c’est la baraka.

John Trenton
Oui, exact.

Noureddy
Quels sont les défis auxquels tu as dû faire face pendant la discipline de tes enfants ? Est-ce que tu peux nous mentionner ?

John Trenton
Quand ils disent « non ».

Noureddy
« Non ? »

John Trenton
Quand ils disent « non, je ne vais pas faire ça », « je ne vais pas faire telle ou telle chose ». Oui, comme je disais, ce n’est pas comme la discipline se fait dans un seul coup (en une fois). C’est quelque chose qu’on doit répéter, c’est la répétition, c’est l’entraînement des enfants aussi, tu sais ?

Donc quand ils disent non, parfois il faut prendre des mesures un peu… On ne peut pas dire sévères, bien sûr. Je ne sais pas comment vous dites en français, c’est time out, pour se mettre à côté, oui ?

Noureddy
« Temps mort », je suppose ?

John Trenton
« Temps mort », c’est ça.

Noureddy
Donc on arrête tout et puis on se pose pour discuter de la question, je suppose.

John Trenton
Oui, et c’est important aussi parce que ça permet aux enfants et aux parents de se calmer.

Noureddy
De se ?

John Trenton
De se calmer.

Noureddy
Ah, de se calmer.

John Trenton
Oui, excuse-moi. Et donc, je pense que je m’éloigne un peu du micro là.

Noureddy
Non, là, ça va, la qualité de son est OK là.

John Trenton
OK, oui. Mais à part ça, il n’y a pas vraiment de mesures strictes. Sauf peut-être enlever les privilèges. L’enlèvement des privilèges, c’est quelque chose qui fait… Je dirais que ça ne fait pas mal, mais ça leur explique qu’il y a des conséquences.

Noureddy
Oui, des conséquences.

John Trenton
Comme par exemple, avec mon fils, enlever l’iPad, c’est… je ne sais pas. Même s’il n’a que 30 minutes pendant la semaine, une heure pendant le week-end, mais enlever l’iPad, même 30 minutes, c’est une erreur. Pour lui, ça fait mal. Mais ça les limite aussi d’enlever les privilèges.

Donc parfois, on dit : « bon, tu ne voulais pas faire telle chose, donc… Donc, on ne va pas, par exemple, on ne va pas aller faire ton activité préférée cette semaine. » Ça peut pas être quelque chose de long terme sinon ils vont perdre l’entraide de toutes choses donc pour moi c’est ça doit être quelque chose juste pour un petit petit moment oui ?

Noureddy
Ponctuel.

John Trenton
Ponctuel, oui exactement ce que je cherchais là. Et sinon il ya trop de risques et la discipline ne doit pas être quelque chose qui fait perdre l’esprit aux enfants.

Noureddy
Qui casse le moral, c’est ça ?

John Trenton
Oui, qui casse le moral, exactement.

Noureddy
D’accord, très bien.

John Trenton
Parce qu’on doit soutenir les intérêts, surtout les intérêts qui sont importants ou qui peuvent être bénéfiques dans le futur. dans l’avenir et comme par exemple mon fils il fait du karting c’est à dire des petites courses avec des petits véhicules…

Noureddy
Oui avec des karts. C’est connu en France. Le karting ça existe en France.

John Trenton
Oui exactement. Oui c’est un peu populaire partout maintenant je pense.

Mais il aime faire ça mais Ce qui est intéressant chez mon fils, c’est le fait qu’il n’aime pas la compétition. (rires) Il fait la course juste pour conduire, pour s’amuser.

Noureddy
À son propre rythme.

John Trenton
Oui, exactement. Il n’est pas pressé, il n’essaie pas de dépasser les autres vraiment. S’il dépasse un autre conducteur à sa vitesse, ça va. Mais il n’est pas pressé d’être en avant, être numéro un.

Mais il prend un certain plaisir de faire quelque chose individuellement. C’est-à-dire, il contrôle le véhicule, il a maîtrisé ce qu’il doit faire. Et donc, il aime ça. Et je n’aime pas enlever ce plaisir, mais c’est un exemple de ce que je peux lui dire : « Si tu ne veux pas suivre ce qu’on doit faire maintenant, on ne va pas faire ce que tu veux faire plus tard. »

Et ça, c’est plus impressionnant, je pense, que de lui dire des cris ou des hurlements, etc. Parce que ça fait peur aux enfants, mais ça ne fait rien pour le moral. Et oui, ils doivent avoir une connexion forte entre la conséquence et l’action.

Noureddy
D’accord. Ce qu’on dirait en termes plus scientifiques, la cause et l’effet. Les rapports de cause à effet. La cause, donc, je ne fais pas ce que papa me dit. L’effet, c’est je ne pourrai pas profiter, par exemple, de mon iPad, des 30 minutes d’iPad demain, aujourd’hui, ou que sais-je.

John Trenton
Oui. Et à mon avis, après des erreurs commises par moi, bien sûr, des hurlements, des cris, etc. Ça fait peur aux enfants, ça les rend timides, ça peut avoir de mauvais effets. Parce qu’ils se renferment, oui, à un moment donné. Et c’est pas bien. Ça, c’est traditionnellement ce qu’on fait. On crie après les enfants parce qu’ils ne font rien.

Bien sûr, ça va peut-être changer quand il est adolescent. Je ne crois pas que j’aille changer cette manière parce que je ne veux pas qu’il apprenne que la manière de résoudre un problème, c’est d’avoir la voix la plus forte.

Noureddy
…ou d’être violent… D’accord.

John Trenton
Exactement. Il faut avoir cette discussion, cause et effet, oui ?

Noureddy
D’accord.

Donc oui donc bien faire comprendre à… ça le responsabilise aussi.

John Trenton
Exactement.

Noureddy
Ça le responsabilise dans le fait qu’il sait qu’une action engendre une réaction et cette réaction là elle peut être à son avantage ou au contraire peut être… peut lui être « nuisible », on va dire.

John Trenton
Exactement.

Noureddy
Moi aussi, j’ai oublié le terme, à son avantage ou contre lui, voilà. On va dire ça comme ça.

John Trenton
D’accord.

Noureddy
Est-ce que tu peux nous partager une de tes réussites avec tes enfants ? Cette mentalité de la discipline, cet esprit de la discipline, comment tu le vois aujourd’hui à travers tes enfants ? Qu’est-ce qui font de bien aujourd’hui tes enfants, grâce à la discipline que tu leur as inculquée ?

John Trenton
Je pense que chez mon fils, on voit qu’il est très confortable de prendre de la responsabilité. C’est-à-dire, quand quelqu’un lui donne une tâche à faire, il va le faire. Et s’il ne comprend pas ce qu’il doit faire, il va poser des questions. Et à mon avis, c’est dû au fait qu’on lui explique pourquoi il ne fait pas quelque chose correctement et on l’aide à le faire correctement. Et donc, il sait que s’il pose des questions, ou il ne sait pas comment exactement faire quelque chose, il va avoir une réponse positive.

Et sans lui donner des hurlements, des cris, etc., il sait que la réponse va être une bonne réponse, pas une mauvaise réponse, à travers laquelle il va se blesser. Donc il n’a pas peur de dire « je ne sais pas » , « je ne sais pas comment faire » . Explique-moi s’il vous plaît ce que je dois faire.

Donc, pour moi c’est important d’avoir cette capacité de dire « je ne sais pas. Je veux faire quelque chose de bien mais je ne sais pas comment faire. » Avoir cette confiance, il peut le faire parce qu’il est en immersion espagnole à son école, il peut le faire en espagnol en anglais. Et c’est quelque chose à l’intérieur, ce n’est pas quelque chose justement qu’il sait faire à travers sa langue maternelle. C’est dans son cœur.

Noureddy
Dans son cœur.

John Trenton
Oui. Pour ma fille, oui exactement. Et ma fille, pareil, je vois comment elle se comporte à l’école parce qu’elle connaît la différence entre l’école et la maison. Donc, elle a bien appris qu’il faut suivre les règles de l’école, bien sûr. Il faut écouter les institutrices ou bien l’administration ou la personne responsable. Et il faut savoir qui est la personne responsable.

Et si un ou une amie lui dit quelque chose de mal, il faut le dire. Oui, il faut dire quand on fait de mauvaises actions à l’école, parce que c’est comme ça. C’est pas ça que les petits problèmes de bullying, de harcèlement, etc. Si on ne dit rien, le harcèlement continue. Et ça c’est important aussi. Et ça c’est arrivé chez mon fils aussi. Il a eu des problèmes, il a subi des problèmes, une bande de jeunes qui ne sont pas super gentils, parce que mon fils, il n’est pas super sportif. Il est plutôt quelqu’un qui aime lire ou faire des choses moins…

Noureddy
Moins physiques.

John Trenton
Moins physiques, exactement. Et pour ça, il y a une bande de jeunes garçons qui aiment le sport, etc. Mais ça peut être aussi ceux qui aiment les livres. Mais il nous a expliqué qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec eux. Et donc, on a pu prendre des actions pour mettre en place quelque chose qui les protège. Pour éviter des problèmes.

Et bien sûr, les écoles sont très sensibles à ce problème, surtout après tout ce qui se passe avec le cyberbullying, etc, le harcèlement en ligne. Et donc, il faut prendre des actions à l’âge jeune avant que ça devienne quelque chose de mal à l’essence.

Et d’ailleurs, il faut que mon fils… Sache que si il dit quelque chose, je vais faire quelque chose. S’il me dit quelque chose, je ne vais pas le laisser tomber. Je vais faire, il faut prendre l’action. Et c’est la discipline qui fait qu’il sait que je vais faire quelque chose. Parce qu’il sait que quand il fait quelque chose de mal, il va avoir… des conséquences, mais en même temps, il sait que s’il y a un problème, je vais l’aider.

Et je ne suis pas très enthousiaste pour le collège, mais ça va bientôt arriver, parce que c’est un moment difficile pour tous les enfants.

Noureddy
Oui, c’est vrai.

John Trenton
Mais je pense qu’on a mis en place… des routines et on a appris des actions, des mesures qui ont renforcé bien sûr ses routines et son comportement mais en même temps il sait qu’il a des personnes autour de lui qui vont l’aider pour n’importe quelle raison. Parce qu’on pense parfois que la discipline, c’est une chose individuelle. C’est partagé. Parce que la discipline, c’est un suivi à une mauvaise action, ou à une erreur. Et donc, il doit y avoir celui qui doit être discipliné et celui qui fait la discipline. donc c’est une interaction, oui. Il faut interagir pour avoir la discipline. Et donc, on doit être très conscient du fait que la discipline doit être quelque chose de bien.

Qu’est-ce que je veux dire ? On doit être le modèle aussi. Et donc, si cette action qu’on a jugée comme étant mauvaise, si ça continue, ça doit être rompu dès la deuxième ou la troisième fois. Mais c’est une interaction, donc on ne peut pas laisser tomber une fois après la discipline.

Noureddy
C’est quelque chose qui est continu dans le temps. On est sur un marathon, mais pas sur un sprint.

John Trenton
Oui, exactement. Et c’est comme ça le rôle d’un parent. Un parent, c’est toujours un marathon. (rires) C’est quelque chose qui prend du temps et on doit être patient, sinon on ne va jamais arriver à la fin.

Noureddy
Oui.

John Trenton
Mais il n’y a jamais vraiment une fin (rires).

Noureddy
Très bien John, nous arrivons au terme de cette entrevue. Pour la fin, je voudrais te demander quels sont les conseils que tu peux donner aux pères qui ont des enfants indisciplinés ou turbulents ?

John Trenton
Bien, bonne question.

Au fait, je voulais mentionner aussi que j’ai récemment fait une sorte de formation pour les parents auprès des psychologues qui voulaient examiner des méthodes pour les parents. Donc les enfants indisciplinés et turbulents doivent avoir de la structure. Et si on n’a pas de discipline chez nous, on ne peut pas discipliner les enfants.

Noureddy
Mais dans ce cas-là, la question que je me pose John, c’est s’ils refusent la structure les enfants, on agit comment ?

John Trenton
On doit continuer.

Jamais, il ne faut jamais s’arrêter. Il faut insister là-dessus. Sinon, ils savent, les enfants sont très intelligents, ils savent que s’ils font une crise ou ils font des caprices et on laisse faire cette action qu’on juge mauvaise, alors ils vont continuer de le faire. Même si on crie après eux ou… si on fait des hurlements, mais non, après tout, si on permet l’action, ils vont continuer à le faire. Donc, il faut tenir la ligne, il faut imposer les cadres, les bornes, oui, les limites, et il ne faut pas crier. Il faut le faire de manière très calme et consistante.

Et ça, c’est un mot que je n’ai pas mentionné jusque-là. C’est être consistant. Oui. Même si on a fait allusion à ça tout au long de l’entrevue. Mais être consistant dans tout ce qu’on fait, dans la manière dont on se comporte, de la discipline, dans la manière dont on discipline les enfants. ça va rompre la turbulence, les enfants turbulents indisciplinés.

Et c’est ce qu’on fait tout le temps avec ceux qui n’ont pas de discipline, on les met dans une structure pour qu’ils aient de la discipline, de la structure, une routine qui est stricte, et ils doivent savoir qu’ils ne peuvent pas s’égarer dans la routine, ils ne peuvent pas… se détourner de la routine, ils doivent savoir que, voilà. Mon père, il va me faire telle et telle chose, et il s’attend que je fasse de telle et telle chose.

Et comme ça, les enfants, au fil du temps, parce que je ne veux pas dire que les enfants indisciplinés vont devenir disciplinés dans un jour. C’est au fur et à mesure que les enfants deviennent disciplinés et structurés et routiné et routinalisé, on va dire.

Mais si la turbulence, les problèmes continuent, il faut savoir,quand il faut, considérer voir un psychologue. Je sais que c’est un peu, ça peut être un peu tabou bien sûr, mais c’est vrai que… Il y a des enfants troublés, oui. Et même si ce n’est pas en raison de ce qu’on a fait, ce qu’ils ont subi, parfois c’est juste comme ça. Donc voilà, si la structure ne marche pas, mais, mais, c’est… qu’on ne peut pas insister sur un psychologue d’imposer les limites. Oui.

Noureddy
D’accord.

John Trenton
Parce qu’on ne doit pas vraiment laisser quelqu’un faire ce qu’on doit faire. Oui. Parce que sinon, encore, si on n’est pas discipliné soi-même, ça va être un problème pour les enfants.

Noureddy
Oui, il faut être l’exemple pour nos enfants.

John Trenton
Oui, exactement. Il faut être le modèle. Oui ?

Noureddy
Donc, en trois mots, ça tient en trois mots, donc les conseils, c’est structure, patience et bienveillance.

John Trenton
Tout à fait.

Noureddy
D’accord, très bien.

John Trenton
J’aime bien, en trois mots. Ça résume en trois mots ce qu’on a parlé pendant une heure, oui.

Noureddy
Oui, c’est quelque chose que j’essaie de faire à la fin des entrevues, c’est vraiment de résumer ça en deux simples mots.

John Trenton
Oui, c’est bien, c’est super.

Noureddy
Après, c’est beaucoup de pratique, bien évidemment.

John Trenton
Oui.

Noureddy
Est-ce que tu aurais des conseils lecture à donner à nos auditeurs ?

John Trenton
Pas vraiment de lecture, mais… Il faut avoir aussi, si on peut, quelqu’un avec qui on peut parler des choses directement, sans limite. Il faut avoir cette personne avec qui on peut parler de nos défauts, on peut parler de ce qui nous fait mal.

Et parce que être parent, c’est pas facile. Surtout dans nos temps, parce que nous vivons dans un moment avec… la technologie et tout, et un moment où les gens prennent de la distance, il me semble, entre eux. Comme toi et moi, on se parle depuis quoi ? Ça fait combien d’ans maintenant ? 10 ans ?

Noureddy
Oui, ça fait 10 ans. Purée, ça passe vite.

John Trenton
Oui, tout à fait. Mais même au fil du temps, on n’a pas perdu cette connexion, oui.

Noureddy
Absolument.

John Trenton
Et à chaque fois que je viens en France, j’essaie de te voir. Et donc, il faut tenir ces relations. Et même cette interview a été inspirée à travers nos conversations.

Noureddy
Oui, c’est vrai.

John Trenton
Et on ne sait jamais d’où vient l’inspiration. Et donc, c’est… L’amitié est aussi importante que la famille parfois, voire peut-être également importante, de manière égale.

Noureddy
Intéressant. Donc pour les personnes, les conseils que tu donnais aux personnes, c’est de, j’imaginais, être en contact avec un parent qui a un fils ou une fille du même âge, ou bien ça peut être un psychologue aussi. Donc, tu parlais de vider son cœur, de parler de ses soucis, ou bien même de ton épouse. Ça peut être même ton épouse.

John Trenton
Oui.

Noureddy
Donc, il y a une réconfort auprès de ton épouse.

John Trenton
Oui, on peut parler à son épouse, mais c’est bien aussi d’avoir quelqu’un de plus objectif.

Noureddy
D’accord, qui a une vue d’ensemble ou qui a une réponse par rapport à la situation. D’accord, très bien. Très bien.

Ben écoute John, je te remercie beaucoup pour ton intervention, ça fut un grand plaisir pour moi.

John Trenton
Également, également.

Noureddy
C’était un petit peu compliqué niveau organisation.

John Trenton
Oui, avec mon école et tout, oui. Mais je te remercie d’avoir, d’être un peu, qu’est-ce que, j’ai oublié mes mots maintenant. Je suis tellement fatigué.

Noureddy
Dis-le en anglais, je traduirai pour les auditeurs.

John Trenton
Non non. Non parce que maintenant je suis entre le français et l’anglais ça oui c’est d’être compréhensible avec… d’être patient aussi avec…

Noureddy
Ah oui. Ça a dû être une épreuve pour toi.

John Trenton
Oui. Oui la patience c’est quelque chose d’important.

Noureddy
…et qui se travaille.

John Trenton
Oui. Tout à fait.

Noureddy
Merci beaucoup John.

John Trenton
C’est rien. Grand plaisir, comme d’habitude. A bientôt.

Noureddy
A bientôt John. Salut.

John Trenton
Au revoir.

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Commentaires

Une réponse à “Épisode 2 – Discipliner les enfants”

  1. Merci beaucoup pour cette interview et ce contenu d’une grande qualité ! C’est toujours un plaisir de découvrir des échanges aussi enrichissants. Un grand merci également à l’invité pour ses réflexions et son partage d’expérience, qui apportent une véritable valeur ajoutée. Bravo pour ce travail et continuez à proposer ce type de contenu inspirant !

    J’ai particulièrement apprécié le passage sur la Baraka et plus généralement l’éducation. C’est un sujet tellement essentiel qui demande un équilibre entre fermeté et bienveillance. La discipline, lorsqu’elle est appliquée avec respect et cohérence, aide les enfants à grandir dans un cadre sécurisant tout en leur permettant de développer leur autonomie et leur responsabilité. Merci d’avoir abordé ce thème avec autant de justesse et de profondeur, cela donne matière à réflexion pour tous les parents et éducateurs.

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